J'ai mal à la vie comme d'autres ont mal au ventre.
des amis qui n'en sont plus, une famille avec laquelle on ne sait plus sur quel pied danser...
Mais tout ça n'a plus d'importance.
Le problème, c'est que je n'arrive plus à parler.
De moi, de ce qui me blessent. Je peux juste dire, au mieux que "ça ne va pas fort, mais ça passera".
Alors que j'ai mal à ne plus supporter de manger.
J'ai mal parce que malgré mes éfforts, je n'ai peur que d'une chise: grossir.
J'ai mal parce que comme je n'ai plus les mots, je m'exprime par mon corps.
Hors...Les autres ne voient rien.
Je cache les cicatrices, je cache mes os qui se dessinent.
Alors que je voudrais leur hurler: "Mais regardez, regardez ce que je me fais! Tout ça pour que vous me voyiez, pour que vous m'accordiez, à moi aussi, le droit de saigner."
Une phrase m'a ébranlée, un fait scientifique: Toutes les personnes souffrant d TCA et même d'anorexie ne sont pas forcément maigres.
Ainsi, ces personnes là, sont laisser dans l'ombre.
Dans l'ombre de leur peine.
Suis-je de celles-là? De ceux qui souffriront éternellement sans que personne ne le voit, ne le sache, ni même ne les croient.
Suis-je de celles-là?
Il me semble que oui.
Eternellement grosse, avec pourtant un poids qui ne cesse de descendre.
Personne pour me dire "tu as maigris".
Juste "tu es bien comme ça".
Et cette vie injuste qui gratifie C. de 56kg pour 1m60, et qui n'a pas un bourelet qui dépasse.
Et moi avec mes...je ne sais même pas. 51? 50? 49? ne rêvons pas disons 51kg, pour mes 1m62. Et personne ne voit que je flotte dans mes jeans, que je les perds.
Là maintenant, j'entends mes parents dire, en parlant de je ne sais qui à la télé: "je trouve qu'elle a maigri"
Et moi?
Vous ne voyez pas que je perds mes pentallons? Que mes jupes tombent sur mes hanches?
Vous ne voyez pas, que je souffre d'avaler ce qu'il y a dans mon assiette?
Vous ne voyez pas comme parfois, j'aurais envie de me jetter sur la nourriture comme on se noit?
Nous vous ne voyez pas.
Vous ne voyez rien.
Parce que vous ne voulez pas.
Il a suffit de quelques repas, pas plus, pour vous rassurer. Pour que vous vous disiez "elle va bien, c'était juste passagé".
J'en ai marre d'être ici, d'avoir dans la tête la certitude des kilos repris en repartant.
Je voudrais que chez mes parents, ce soit mon hâvre de paix.
Et cette fois, je n'ai eu que des peines.
J'ai mal à la vie.
Comment on fait, déjà, pour parler de soi, à ceux qui sont censés nous aimer?